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Spiritualité & Mystique

Quatrième degré

  Le quatrième degré de notre échelle céleste est l'humilité vraie, c'est-à-dire la conscience intime de notre propre bassesse. Par elle, nous vivons avec Dieu et Dieu vit avec nous dans une paix véritable, et en elle se trouve le fonds vivant de toute sainteté. On peut la comparer à une source d'où jaillissent quatre fleuves de vertus et de vie éternelle. Le premier est l'obéissance, le second la douceur, le troisième la patience, le quatrième l'abandon de la volonté propre.

Le premier fleuve, qui jaillit d'un sol vraiment humble, c'est l'obéissance, par laquelle nous nous humilions et méprisons devant Dieu, nous soumettant à ses commandements et nous plaçant au-dessous de toute créature. Elle nous fait prendre par choix la dernière place au ciel et sur la terre, et nous empêche de nous comparer à personne en vertus ou en sainte vie, notre unique désir consistant à n'être qu'un escabeau sous les pieds de la majesté divine. C'est alors que l'oreille devient humblement attentive, afin d'entendre les paroles de vérité et de vie qui viennent de la Sagesse de Dieu, et que les mains sont toujours prêtes à accomplir sa très chère volonté.
Or, cette volonté divine nous porte à mépriser la sagesse du monde et à suivre le Christ, la Sagesse de Dieu, qui s'est fait pauvre pour nous rendre riches, qui est devenu serviteur pour nous faire régner, qui est mort enfin pour nous donner la vie. Et c'est lui encore qui nous enseigne la vraie vie, lorsqu'il dit «Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive . » « et là où je suis, là aussi sera mon serviteur . » Puis afin que nous sachions comment le suivre et le servir, il nous dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. »

La douceur est, en effet, le second fleuve de vertus qui jaillit du sol de l'humilité. Bienheureux celui qui est doux, parce qu'il possède la terre , c'est-à-dire son âme et son corps, en paix. Car sur l'homme doux et humble repose l'Esprit du Seigneur; et lorsque notre esprit est ainsi élevé et uni à l'Esprit de Dieu, nous portons le joug du Christ, qui est suave et doux, et nous sommes chargés de son fardeau léger . Son amour ne connaît pas de labeur. Plus nous aimons, plus légère est notre charge; car nous portons l'amour et il nous porte au-dessus de tous les cieux vers celui que nous aimons. Celui qui aime, en effet, court là où il veut et il se donne : tous les cieux lui sont ouverts, il a son âme dans ses mains et il la remet toujours au gré de sa volonté. Il a trouvé en lui-même le trésor de son âme, le Christ, son cher bien-aimé.
Si donc le Christ vit en vous et vous en lui, vous devez l'imiter dans votre vie, dans vos paroles, dans vos œuvres et vos souffrances. Soyez douce et clémente, miséricordieuse et généreuse, indulgente pour quiconque réclame vos secours. N'ayez ni haine, ni envie; ne méprisez ni n'affligez personne par des paroles dures, mais pardonnez tout; ne raillez point et ne montrez de dédain ni en paroles ni en actes, ni par signes ou attitude quelconque. Ne témoignez ni rudesse ni âpreté, mais soyez de mœurs graves avec un extérieur joyeux. Écoutez et apprenez volontiers de tous ce que vous devez savoir. Ne vous méfiez de personne et gardez-vous de juger ce qui vous est caché. Ne disputez avec qui que ce soit, afin de montrer que vous êtes plus sage. Soyez douce comme un agneau qui ne sait s'irriter, même lorsqu'il doit mourir.

De cette douceur intime jaillit un troisième fleuve, qui consiste à vivre en toute patience. Être patient, c'est souffrir de bon cœur, sans répugnance. La tribulation et la souffrance sont les messagères du Seigneur, et par elles il nous rend visite. Si nous recevons ces envoyés d'un cœur joyeux, alors il vient lui-même, car il a dit par son Prophète «Je suis avec lui dans la tribulation : je le délivrerai et le glorifierai. »
La souffrance portée patiemment, tel est le vêtement nuptial qu'avait le Christ, lorsqu'il prit pour épouse la sainte Église à l'autel de la sainte croix. Il en a revêtu ensuite toute sa famille, c'est-à-dire ceux qui l'ont suivi dès le commencement. Ceux-ci ont vu, en effet, que le Christ, la Sagesse de Dieu, avait fait choix d'une vie humble, méprisée et pénible, et c'est le fondement qu'ils ont donné à tous les ordres et à tous les états de religion.
Mais aujourd'hui, ceux qui vivent dans ces ordres méprisent la vie du Christ et son vêtement nuptial; car, autant qu'ils le peuvent, ils prennent les vêtements du monde, non pas tous, mais la plupart. L'orgueil, en effet, la jouissance, la paresse et toutes les autres malices règnent maintenant dans les ordres religieux comme dans le monde, dans ce monde, dis-je, qui vit en péché mortel.
Rougissez donc, vous qui avez quitté Dieu et oublié votre règle et tous vos vœux. Vous vivez comme des bêtes et vous servez le diable, qui vous donnera un salaire semblable à celui qu'il reçoit pour ses péchés. Le disciple ne vaut pas mieux que le maître ; le diable reconnaîtra bien les siens. Ils habiteront avec lui dans le feu infernal, où il y aura pleurs et grincements de dents, misère éternelle, sans fin.

Le quatrième et dernier fleuve de vie humble est l'abandon de la volonté propre et de toute recherche personnelle.
Ce fleuve prend sa source dans la souffrance endurée patiemment. L'homme humble, touché intérieurement par l'Esprit de Dieu, consommé et tout transporté en lui, renonce alors à sa propre volonté et s'abandonne spontanément entre les mains de Dieu. Il devient ainsi une seule volonté et une seule liberté avec la volonté divine, de sorte qu'il ne lui est plus possible ni loisible de vouloir autre chose que ce que Dieu veut. Et c'est là le fond même de l'humilité.
Lorsque, sous l'action de la grâce de Dieu, nous nous renonçons nous-mêmes et abandonnons notre propre volonté pour la très chère volonté de Dieu, alors cette volonté devient nôtre; la volonté de Dieu, qui est libre et liberté même, nous enlève l'esprit de crainte et nous rend libres, dégagés et vides de nous-mêmes, ainsi que de toute crainte qui nous accablerait pour le temps ou l'éternité.

Dieu nous donne alors l'Esprit des élus qui nous fait crier avec le Fils : « Abba », c'est-à-dire « Père ». Et l'Esprit du Fils rend témoignage à notre propre esprit que nous sommes fils de Dieu et, avec le Fils, héritiers dans le royaume de son Père. Là, nous nous voyons élevés à une sublime hauteur, en même temps que plus humbles en nous-mêmes, remplis de grâces et de dons dans l'union avec Dieu. C'est alors la liberté la plus haute et l'humilité la plus profonde unies dans une même personne, et les actes qui naissent de là sont inconnus de ceux qui ne possèdent pas ces vertus.

L'homme vraiment humble est un vase élu de Dieu, rempli et débordant de tous dons et de tous biens. Quiconque vient à lui avec confiance reçoit ce qu'il souhaite et ce dont il a besoin. Mais gardez-vous des hypocrites et de ceux qui se figurent être quelque chose, qui croient vraiment être quelque chose. Ils ressemblent à une outre qui n'est remplie que de vent : lorsqu'on la serre et qu'on la presse, elle rend un son qui n'a rien de gracieux pour l'oreille. Ainsi fait l'orgueilleux hypocrite qui croit être saint. Qu'on le presse et qu'on le serre, il ne peut le supporter et il éclate. Il ne veut être ni repris ni enseigné. Il est mauvais, âpre et hautain. Dans son estime, il n'est au-dessous de personne, mais se met au-dessus de tous ceux qui l'approchent. À ces marques vous pouvez voir et reconnaître que ceux-là sont hypocrites et faux en eux-mêmes et qu'ils n'ont point encore dépouillé leur propre volonté.

Soyez donc humble, obéissante, douce, dégagée de volonté propre, et ainsi vous gagnerez au jeu d'amour. Remarquez cependant avec soin ce qui vous manque encore. Même après que vous avez triomphé avec la grâce de Dieu de tout péché, par la vertu qui est en vous, la nature et les sens demeurent néanmoins vivants avec leur propension aux péchés et aux vices. Contre eux donc il vous faut lutter et combattre aussi longtemps que le corps demeure mortel et non glorieux. Cinquième degré d'amour.