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Spiritualité
& Mystique

Les sept degrés de l'Amour spirituel
Jan Van Ruysbroeck

Premier degré

  Lorsque nous n'avons avec Dieu qu'une même pensée et une même volonté, nous sommes au premier degré de l'échelle d'amour et de sainte vie. La bonne volonté est, en effet, le fondement de toutes les vertus, selon ce que dit le prophète David : « Seigneur, je me suis réfugié auprès de vous : enseignez-moi à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu. Votre Esprit bon me conduira dans la vraie terre de la vérité et des vertus. »
Une bonne volonté, unie à celle de Dieu, triomphe du diable et de tous péchés; car elle est remplie des grâces de Dieu, et c'est la première offrande que nous lui devons faire, si nous voulons vivre pour lui. L'homme de bonne volonté a Dieu en vue, et il désire l'aimer et le servir, maintenant et pour l'éternité. C'est là sa vie et son occupation intérieure, et c'est ce qui le met en paix avec Dieu, avec lui-même et avec toutes choses. Aussi, au moment de la naissance du Christ, les anges chantaient-ils dans les airs : « Gloire à Dieu dans les cieux, et paix sur la terre aux hommes qui sont de bonne volonté. »
Mais la bonne volonté ne peut pas être stérile en bonnes œuvres, car « l'arbre bon porte le bon fruit, » dit Notre-Seigneur.

Deuxièrme degré.

Le premier fruit de la bonne volonté est la pauvreté volontaire, qui constitue le deuxième degré par lequel nous nous élevons sur l'échelle de la vie d'amour.

L'homme volontairement pauvre, en effet, mène une vie libre et dépouillée de souci pour tous les biens terrestres, quels que soient ses besoins. C'est un sage marchand; il a donné la terre pour le ciel, selon la sentence de Notre-Seigneur : «On ne peut servir Dieu et les richesses du monde. »
C'est pourquoi, abandonnant tout bien capable de l'attacher à la terre, il a fait volontairement choix de la pauvreté. Tel est le champ où l'on trouve le royaume de Dieu; car bienheureux est le pauvre volontaire, le royaume de Dieu est à lui !
Ce royaume de Dieu est amour et charité, en même temps qu'application à toutes bonnes œuvres. L'homme y doit être prodigue de soi-même, miséricordieux, clément et secourable, véridique et bon conseiller envers quiconque réclame son aide, de sorte qu'au jugement de Dieu, il puisse montrer qu'avec ses riches dons il a opéré les œuvres de miséricorde. Car des biens terrestres il ne garde rien en propre pour lui-même; tout ce qu'il a est commun à Dieu et à la famille de Dieu. Bienheureux est ce pauvre volontaire qui ne possède rien de ce qui passe, il suit le Christ et il aura pour récompense le centuple en vertus il vit dans l'attente de la gloire de Dieu et de la vie éternelle.
L'avare, au contraire, est vraiment insensé : il donne le ciel pour la terre, bien qu'il doive la perdre.
Et même en demeurant pauvre de biens terrestres, s'il ne recherche Dieu et meurt dans son avarice, il est à jamais perdu. Gardez-vous donc de l'avarice : elle est la racine de tout péché et de tout mal.

Troisième degré.

  Le troisième degré de notre échelle d'amour est la pureté de l'âme et la chasteté du corps.

  Entendez bien ce que je vais dire. Pour que votre âme soit pure, vous devez, par amour de Dieu, haïr et mépriser tout amour et affection désordonnés de vous-même, de votre père et de votre mère ainsi que de toute créature; de sorte que vous vous aimiez vous-même et toute créature pour le service de Dieu et pas autrement. Alors pourrez-vous dire la parole du Christ : « Celui qui vit selon la volonté de Dieu, est ma mère, ma sœur, mon frère.» Alors aussi vous aimez votre prochain comme vous-même. Maintenez-vous donc pure. Ne vous laissez attirer ni prendre par personne, par paroles ni par actes, par dons ni par appâts, par des pratiques ni par des apparences saintes. Sous couleur de spirituel, cela devient tout à fait charnel; on n'y peut mettre sa confiance. Ne cultivez personne et ne vous laissez cultiver par qui que ce soit.
  Tournez-vous à l'intérieur, livrez-vous à l'ardent amour et pratiquez toute vertu. Jésus vous nourrira, vous enseignera et donnera conseil, car il est votre soutien. Il vous conduira par-dessus tout le créé jusqu'au sein de son Père. Là vous trouverez fidélité, soulagement de toute tristesse et de toute affliction.
  Et telle est la vie de l'âme pure.

  Ensuite il s'agit de la chasteté du corps. Vous savez que Dieu a fait l'homme d'une double nature, corps et âme, esprit et chair; et ces deux éléments sont unis dans une seule personne pour former la nature humaine, qui est engendrée et naît dans le péché. Car bien que Dieu ait créé notre âme pure et sans tache, par son union avec la chair elle devient souillée du péché originel. Ainsi sommes-nous tous enfantés en état de péché, car « tout ce qui est né de la chair est chair, et tout ce qui est né de l'Esprit de Dieu est esprit. » Mais quoique l'esprit tienne à la chair par le fait de la naissance naturelle, par seconde naissance qui vient de l'Esprit de Dieu, l'esprit et la chair deviennent ennemis et luttent entre eux. Car la chair convoite contre l'esprit et contre Dieu, et l'esprit, de son côté, avec Dieu lutte contre la chair.

Si donc nous vivons selon la convoitise de la chair, nous sommes morts dans le péché; si, au contraire, par l'esprit nous triomphons des œuvres de la chair, nous vivons selon la vertu. De sorte que nous devons tout à la fois haïr et mépriser notre corps, en tant qu'ennemi mortel, qui veut nous arracher à Dieu pour nous livrer au péché, et cependant aimer aussi et estimer ce corps et notre vie sensible, en tant qu'instruments pour le service de Dieu.
Sans notre corps, en effet, nous ne pouvons nous acquitter envers Dieu de ces œuvres extérieures, qui sont cependant pour nous un devoir, les jeûnes, les veilles, les oraisons et autres bonnes œuvres. Et c'est pourquoi nous donnons de bon cœur à notre corps les soins, le vêtement, la nourriture qu'il réclame, puisqu'il nous aide à servir Dieu et notre prochain. Mais nous devons nous observer avec soin, nous défier et nous garder de trois vices qui règnent dans ce corps : la paresse, la gourmandise et l'impureté; car ces vices ont fait tomber beaucoup d'hommes de bonne volonté en de grossiers péchés.

Pour nous préserver de la gourmandise, il nous faut aimer et préférer la mesure et la sobriété, en retranchant toujours quelque chose, en prenant moins que nous n'aurions envie et nous contentant du strict suffisant. Pour remédier à la paresse, nous devons avoir intérieurement une sincère bienveillance et miséricorde à l'égard de tout besoin, et à l'extérieur être prompts et assidus, à la disposition de quiconque réclame notre aide, selon notre pouvoir et avec discrétion. Enfin comme sauvegarde contre l'impureté, il nous faut craindre et fuir au dehors toute conduite et manière de faire désordonnées, et intérieurement toutes rêveries et images impures, de façon à ne nous y arrêter ni fixer avec plaisir et passion. C'est ainsi que nous ne serons ni remplis d'images, ni souillés en nous-mêmes.

Tournons-nous, au contraire, vers Notre-Seigneur Jésus-Christ afin de contempler sa passion et sa mort, et l'effusion généreuse de son sang par amour pour nous. En répétant souvent cet acte, nous imprimerons et formerons son image dans notre cœur, nos sens, notre âme, notre corps, dans tout notre être, comme un sceau imprimé et formé sur la cire. Le Christ nous introduira alors avec lui-même dans cette haute vie, où l'on est uni à Dieu et où l'âme pure adhère par amour à l'Esprit-Saint et habite en lui. C'est là que coulent les torrents de miel de la rosée céleste et de toutes les grâces, et, lorsqu'on en a goûté, on n'a plus d'attrait ni pour la chair ni pour le sang, ni pour tout ce qui est du monde.

Tant que notre vie sensible demeure élevée par son union à l'esprit, qui nous fait cultiver Dieu, le rechercher et l'aimer, la pureté et la chasteté d'âme et de corps nous sont assurées. Mais lorsque nous devons descendre afin de pourvoir aux nécessités de la vie sensible, il nous faut garder notre bouche de la gourmandise, notre âme et notre corps de la paresse, et notre nature des tendances impures. Évitons les mauvaises compagnies, fuyons ceux qui aiment à mentir, à médire, à jurer, à blasphémer Dieu, qui sont impurs en paroles et en œuvres. Il faut les craindre et les fuir comme le démon d'enfer. Gardez aussi vos yeux et vos oreilles, afin de ne voir ni entendre ce qu'il ne vous est pas permis de faire. Pour cela, maintenez-vous pure : aimez à être seule; craignez de vous répandre; fréquentez votre église et que vos mains s'emploient aux bonnes œuvres. Haïssez l'oisiveté, fuyez un bien-être désordonné et ne vous attachez pas à vous-même. Aimez ce qui est vie et vérité, et, même si vous vous croyez pure, fuyez néanmoins l'occasion du péché. Aimez la pénitence et le travail.

Regardez saint Jean-Baptiste : il était saint avant de naître; et pourtant, dès ses plus jeunes ans il quitta père et mère, honneurs et richesses du monde; et afin de fuir toute occasion de péché, il s'en alla dans le désert. Il était innocent et sa pureté l'égalait aux anges. Il vivait de vérité et il l'enseignait aux autres. Il fut enfin mis à mort pour la justice, et sa sainteté fut louée au-dessus de toute autre. Regardez encore les anciens Pères qui vivaient dans les déserts d'Égypte. Ils avaient quitté le monde et ils crucifiaient leur chair et toute tendance de nature, combattant le péché par la pénitence, le jeûne, la faim, la soif et la privation de tout ce dont ils pouvaient se passer. Quatrième degré d'amour.