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Saint Bernard de Clairvaux

SERMON POUR L'ANNONCIATION

    Quant à nous, mes frères, si nous avons entendu ces paroles du Christ : "Je ne te condamnerai pas", si nous ne voulons pas pécher contre lui mais vivre pieusement en lui, il faut que nous supportions la persécution et que nous nous abstenions de rendre le mal pour le mal, la médisance pour la médisance. Celui qui ne gardera pas la patience, perdra la justice ; il perdra donc la vie, c'est-à-dire son âme. Laissez-moi la vengeance, c'est moi qui l'exercerai, dit le Seigneur (Rom. XII, 19). Il en est ainsi : il l'exercera, mais à condition que vous la lui réserviez, que vous ne lui dérobiez pas le droit de juger, et que vous n'usiez pas de représailles envers ceux qui vous font du mal. Il rendra justice, mais à celui qui aura pris l'injustice en patience ; il jugera équitablement, mais en faveur de ceux qui sont doux sur la terre. Mais, si je ne me trompe, vous vous lassez d'attendre si longtemps le dessert. Ne vous étonnez pas qu'il vienne en dernier : c'est le dessert. Il ne nous pèsera pas quand nous en serons gavés et nous n'éprouverons aucun dégoût de sa surabondance.

L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée dont le nom était Nazareth. Vous êtes surpris que Nazareth, cette petite cité, soit honorée du message d'un grand Roi, et de quel message ! Mais un grand trésor est caché dans cette bourgade ; il est caché aux hommes, non à Dieu. Marie n'est-elle pas le trésor de Dieu ? Partout où elle se trouve, le coeur de Dieu la suit. Ses yeux sont sur elle, il ne quitte pas du regard son humble servante. Si le Fils unique de Dieu le Père connaît le ciel, il connaît aussi Nazareth. Comment ne connaîtrait-il pas sa patrie et son héritage ? Il tient le ciel de son Père, Nazareth de sa Mère, puisque lui-même se dit à la fois le Fils de David et le Seigneur (Mt. XXII, 42-45). Le ciel du ciel est au Seigneur, mais la terre, il l'a donnée aux enfants des hommes (Ps. CXIII, 16). Il doit donc entrer en possession de l'un et de l'autre, puisqu'il est le Seigneur et le fils de l'homme. Entendez-le revendiquer la terre en sa qualité de fils de l'homme, et la communiquer en tant qu'époux. Des fleurs sont écloses sur notre terre (Cant. II, 2), dit-il. Ceci s'accorde au nom de Nazareth, qui veut dire "fleur". La fleur issue de la racine de Jessé aime sa patrie en fleurs ; la fleur des champs, le lis des vallées, prend sa nourriture parmi les lis. Une triple grâce est donnée à ces fleurs : la beauté, le parfum et l'espérance du fruit. Dieu considère chacun de vous comme une fleur, et il se plaira en vous si vous avez la beauté d'une vie honnête, l'arôme d'un bon renom, et l'espérance de la récompense promise. Car le fruit de l'esprit, c'est la vie éternelle.

"Ne crains pas, Marie : tu as trouvé grâce auprès de Dieu". Et quelle grâce ! Une grâce pleine, unique, singulière. Mais dois-je dire singulière ou générale ? L'un et l'autre sans aucun doute, puisque cette grâce est pleine, et d'autant plus singulière qu'elle est générale : car Marie seule a reçu en particulier une grâce universelle. D'autant plus singulière qu'elle est générale, disais-je : car seule entre toutes les créatures tu as trouvé grâce pleine. Grâce unique, puisque seule tu as la plénitude ; grâce universelle, puisque toutes les créatures ont leur part de cette plénitude. "Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni". Il n'est que pour toi le fruit de tes entrailles, mais par ta médiation il parvient aux âmes de tous. De même, jadis, la rosée était tout entière sur la toison et tout entière dans l'aire, mais jamais elle ne fut entière sur une partie quelconque de l'aire, comme elle l'était sur la toison (Juges. VI, 37-40). En toi seule ce Roi si riche s'est anéanti, ce grand souverain s'est humilié, ce Dieu infini s'est fait petit et s'est mis au-dessous des anges : vrai Dieu et Fils de Dieu, il s'est incarné. Mais à quelle fin ? Pour nous enrichir tous de sa pauvreté, nous élever par son abaissement, nous grandir en se faisant petit, nous unir à Dieu par son incarnation, afin que nous commencions à n'être avec lui qu'un même esprit.
Mais que dirons-nous, mes frères ? Quel est le vase où la grâce se déverse de préférence ? Si, comme je l'ai dit déjà, la confiance est prête à recevoir la miséricorde, si la patience reçoit la justice, quel est le récipient destiné à la grâce ? C'est un baume très précieux, auquel il faut un vase solide. Or rien n'a la pureté et la solidité d'un coeur humble. Dieu donne donc sa grâce aux humbles, et ce n'est pas sans raison qu'il a regardé sa servante. Un coeur humble n'est occupé par aucun mérite humain et reste disponible pour la pleine infusion de la grâce divine. Mais nous n'atteindrons à cette humilité que par toute une échelle de degrés. Au premier degré, le coeur d'un homme encore adonné au péché, et qui n'a pas quitté une habitude déplorable pour suivre un meilleur propos, est empêché par ses propres vices de s'ouvrir à la grâce. Au second degré, lorsqu'il a commencé à se corriger et se propose de ne pas retomber dans ses erreurs passées, ses fautes anciennes persistent, même lorsqu'il semble les avoir retranchées de lui, à s'opposer à la venue de la grâce. Ces fautes restent en lui tant que la confession ne l'en a pas lavé et qu'elles n'ont pas cédé la place aux fruits de la pénitence. Mais malheur à vous, si à vos péchés succède une ingratitude plus coupable encore, et plus contraire à la grâce. A mesure que le temps s'avance, notre première ferveur tiédit, la charité se glace peu à peu, le péché foisonne, et nous qui avions commencé par l'esprit, nous finissons par la chair. De là vient que nous donnons moins de prix aux faveurs de Dieu, et que l'ingratitude s'ajoute à notre manque de piété. Nous oublions la crainte de Dieu, la solitude du recueillement. Nous devenons verbeux, curieux, légers, médisants aussi et grognons ; nous préférons les jeux aux travaux et à la discipline, toutes les fois que cela peut passer inaperçu, comme si une faute ignorée était moins nocive. Etonnez-vous après cela que la grâce nous manque, quand nous lui opposons tant d'obstacles ! Cependant, selon l'Apôtre, si l'un de nous pratique l'action de grâces, afin que le verbe du Christ, le verbe de grâce réside en lui (Coloss. XIII, 15, 16) ; si de plus il se montre pieux, attentif, fervent ; s'il a soin de ne se fier ni à ses propres mérites, ni à ses oeuvres, la grâce pourra entrer en lui. Sinon, elle n'y trouvera aucune place, car il sera déjà rempli.

Avez-vous observé le Pharisien en prière ? Ce n'était ni un voleur, ni un injuste, ni un adultère. Il n'ignorait pas non plus la pénitence. Il jeûnait deux fois par semaine, distribuait les dîmes de tous ses biens. Peut-être le soupçonnez-vous de quelque ingratitude ? Ecoutez-le donc ! Seigneur, je te rends grâces. Mais son coeur n'était pas vacant, il ne s'était ni humilié, ni abaissé, il s'était gonflé d'orgueil. Sans chercher à connaître ce qui lui faisait défaut, il s'exagérait son propre mérite. Il n'était pas plein, mais enflé. Et pour avoir feint la plénitude, il a tout manqué. Le Publicain, lui, s'était humilié, cherchant à offrir à la grâce un récipient vide ; il y gagna un surcroît de grâce (Luc. XVIII, 10, 14). Pour nous, mes frères, si nous voulons obtenir la grâce, quittons nos vices et faisons pénitence pour nos fautes passées. Mettons tout en oeuvre pour nous montrer dévoués et vraiment humbles devant Dieu. Les âmes ainsi disposées s'attirent, en effet, les regards bienveillants de celui dont le Sage a dit : "La grâce et la miséricorde de Dieu sont sur ses saints et son regard se tourne vers ses élus" (Sagesse. IV, 15). Peut-être est-ce pour cela qu'il rappelle par quatre fois l'âme qui a attiré ses regards : "Reviens, reviens , Sulamite ; reviens, reviens, afin que je te voie" (Cant. VI, 12), afin que cette âme ne s'attarde ni dans l'habitude du péché, ni dans la conscience de ses fautes, et pas davantage dans la molle torpeur de l'ingratitude ou la cécité de l'orgueil. Que veuille nous garder de ce quadruple péril celui que pour nous Dieu le Père a fait sagesse, justice, sainteté et rédemption, Jésus-Christ, Notre-Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans l'infinité des siècles. Ainsi soit-il.

Sermons pour l'Assomption