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  Que tu es riche dans ta miséricorde, magnifique dans ta justice, généreux dans ta grâce, Seigneur notre Dieu ! Nul n'est comparable à toi, Donateur inépuisable, Rémunérateur très équitable, et très bon Libérateur ! Tu donnes ta grâce aux humbles, tu es juste envers les innocents, et ta miséricorde sauve même les pécheurs. Tels sont, mes frères, les mets plus riches qu'à l'ordinaire, qui nous sont servis aujourd'hui à la table du Père de famille, si du moins nous prêtons une attention suffisante aux témoignages des saintes Ecritures. Nous devons cette abondance à la coïncidence du Carême avec le saint jour de l'Annonciation du Seigneur. C'est aujourd'hui que l'indulgence du Rédempteur, si nous en croyons nos oreilles, a absous la femme adultère. Aujourd'hui aussi il a sauvé de la mort Suzanne innocente, et il a accordé à la Vierge bienheureuse une bénédiction toute gratuite. C'est un splendide festin que celui où nous sont offertes la miséricorde, la justice et la grâce. La miséricorde n'est-elle pas pour les hommes un aliment salutaire et qui a des propriétés médicales ? La justice n'est-elle pas le pain du coeur, une nourriture solide et qui le réconforte ? Heureux ceux qui en sont affamés, car ils seront rassasiés (Mt. V, 6). Et la grâce de son Dieu ne nourrit-elle pas l'âme ? C'est une très douce nourriture, qui a en elle toutes les délices des saveurs les plus exquises ; mieux encore, joignant aux siennes toutes les vertus des deux autres, elle charme, elle fortifie et elle guérit.

Approchons de cette table, mes frères, et prenons quelque peu de chacun de ces mets. Dans la loi, Moïse a ordonné de lapider ces gens-là, disent des pécheurs parlant de la pécheresse et des Pharisiens s'en prenant à la femme adultère. Moïse a donné ce commandement à cause de la dureté de vos coeurs. Mais Jésus s'est laissé fléchir. Seigneur, incline tes cieux et descends (Ps. CLXIII, 5). Cédant à la miséricorde, car il n'avait pas un coeur de Juif, Jésus écrivait avec son doigt, non pas sur la pierre de la loi, mais sur le sol. Et il n'écrit pas seulement une fois, mais deux, de même que chez Moïse il y a deux tables de la loi. Peut-être écrivait-il "vérité" et "grâce", et en les récrivant une seconde fois les a-t-il gravées sur la terre, selon ce que dit l'Apôtre Jean : "La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité ont été faites par Jésus-Christ" (Jn. I, 17). Est-ce sur la table de la loi qu'il a lu, pour réfuter les Pharisiens : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Brève parole, mais vive et efficace, plus aiguë que la pointe d'un glaive. Elle a percé de part en part ces coeurs de roc et ce petit caillou suffit à broyer leurs fronts de pierre. Preuve en soient leur confusion et leur fuite subreptice. Sans doute, la femme adultère méritait la lapidation, mais que celui-là se charge de punir qui n'est pas lui-même digne de punition ! Pour tirer vengeance d'elle, il faudrait ne pas en mériter autant. Sinon, commencez par votre plus proche voisin : c'est vous-même. Prononcez la sentence et exécutez-la. Telles sont les paroles de la Vérité.

Mais ce n'est pas tout : si elle a confondu les accusateurs, la Vérité n'a pas encore absous la coupable. Qu'elle écrive donc de nouveau, qu'elle écrive la grâce, qu'elle nous en lise la sentence, et que nous l'écoutions : "Femme, personne ne t'a condamnée ? - Personne, Seigneur. - Moi non plus,je ne te condamnerai pas ; va et ne pèche plus." Parole de compassion, qu'on entend avec joie. Fais-moi part dès le matin de ta miséricorde, Seigneur, car j'ai espéré en toi (Ps. CXLVI, II). Car seule l'espérance obtient ta miséricorde et tu ne verses cette huile que dans la jarre de la confiance. Il y a pourtant une confiance infidèle et qui ne mérite que malédiction : celle qui consiste à pécher en espérant le pardon. Elle ne devrait pas s'appeler confiance, mais plutôt insensibilité et dissimulation perverse. Ce n'est pas être confiant que d'ignorer l'existence du danger, et on ne cherche pas de remède contre la crainte losqu'on ne connaît ni crainte ni raison de craindre. La confiance est consolation ; celui qui prend plaisir à pécher et met sa joie dans les pires actions n'éprouve pas le besoin d'être consolé. Prions donc le ciel de nous répondre et de nous faire voir nos fautes et nos crimes. Examinons nos actes et nos pensées, pesons attentivement tous les périls. Que chacun dise avec effroi : J'irai jusqu'aux portes de l'enfer, afin de ne plus respirer que par la seule miséricorde de Dieu. Telle est la vraie confiance l se défier de soi, ne plus s'appuyer que sur Dieu. C'est à cette confiance-là que la miséricorde n'est pas refusée puisque le Prophète dit : Dieu se complaît en ceux qui le craignetn et qui espèrent sa miséricorde (Ps. CXLVI, 11). Il nous donne un grand appui : en nous, il n'y a que motif de crainte, mais en lui nous trouvons les raisons de la confiance. Il est doux et généreux, il se laisse fléchir, il incline au pardon. Croyons-en ses ennemis qui n'ont pas trouvé en lui d'autres bases à leurs calomnies : il s'apitoiera, disent-ils, sur la pécheresse et ne la laissera pas mettre à mort, si on l'amène devant lui. Il se dressera donc ouvertement contre la loi, en absolvant une femme condamnée. O Pharisiens ! que toutes les inventions de votre malice retombent sur vos têtes ! Vous vous défiez de votre propre cause, puisque vous vous dérobez à l'exécution du jugement. Restée sans accusateur, cette femme est absoute sans qu'il y ait atteinte portée à la loi.

Mais demandons-nous, mes frères, où s'en vont les Pharisiens en quittant ces lieux ? Voyez-vous ces deux vieillards - car ce sont les vieux qui ont donné le signal du départ - se cacher dans le verger de Joachim ? Ils cherchent Suzanne, sa femme. Suivons-les, car ils forment contre elle un projet criminel. Consens et donne-toi à nous. Vieillards endurcis dans le mal, tout à l'heure vous accusiez la femme adultère et maintenant vous tentez de séduire celle-ci. Voilà donc votre belle justice : ce que vous réprouvez en public, vous le faites en secret. C'est donc pour cela que vous êtes partis un à un, lorsque celui qui connaît toutes vos pensées cachées eut vigoureusement secoué vos consciences, disant : Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. La Vérité a eu raison de dire à ses disciples : Si votre justice ne vaut pas mieux que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux (Mt. V, 20). Sinon, poursuivent les vieillards, nous témoignerons contre toi. Race de Chanaan, et non de Juda, cela non plus Moïse ne l'a pas prescrit dans la Loi. S'il a ordonné de lapider l'adultère, il ne commande pas d'accuser la femme honnête. Et s'il a voulu que la coupable mourût sous les pierres, il n'a pas exigé qu'on témoigne contre l'innocente. Bien au contraire, il demande que, comme l'adultère, le faux témoin soit puni (Deut. XIX, 16-21). Mais vous qui tirez gloire de la Loi, vous outragez Dieu en la transgressant.

Suzanne gémit et dit : l'angoisse me presse de toute part, car la mort est partout : mort corporelle d'un côté, spirituelle de l'autre. Si je fais cela, c'est ma mort ; et si je ne le fais pas, je ne me tirerai pas de vos mains, dit-elle. O Pharisiens, ni la femme adultère, ni la femme sage n'échappent à vos mains. Ni le juste ni le pécheur ne sont à l'abri de vos accusations. Vous cachez vos péchés en mettant à jour ceux d'autrui ; et si quelqu'un n'en a point, vous lui imputez les vôtres. Cependant, que va faire Suzanne, entre la mort et la mort, celle du corps, celle de l'âme ? Il vaut mieux tomber innocente aux mains des hommes que d'abandonner la loi de mon Dieu, dit-elle. Elle savait qu'il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant. Quand les hommes ont tué le corps, ils ne peuvent plus faire aucun mal à l'âme ; mais il faut redouter celui qui a le pouvoir de jeter le corps et l'âme dans la géhenne (Mt. X, 28). Pourquoi les gens de Joachim tardent-ils à venir ? Qu'elle se précipite donc au portail, car on a entendu des cris dans le verger : c'est le hurlement de ces loups et le bêlement de la petite brebis surprise. Mais celui qui a déjà arraché de leurs gueules une autre brebis qui méritait moins d'être sauvée, ne tolérera pas qu'ils dévorent celle-ci, qui est innocente. Elle avait donc raison, comme on la conduisait à la mort, de garder en son coeur la confiance en Dieu, elle qui avait eu de lui une crainte si forte que, dominant toute crainte humaine, elle avait préféré la loi du Seigneur à sa propre vie et à sa propre réputation. Car jamais on n'avait tenu de pareils propos à Suzanne. Ses parents étaient gens de bien, et son mari était un homme très considéré parmi les Juifs. Elle méritait donc d'obtenir du juste Juge une juste vengeance contre les injustes, puisqu'elle s'était montrée si affamée de justice qu'elle avait méprisé la mort de son corps, la honte jetée sur sa famille et le deuil de ses amis inconsolables.

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