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SERMONS POUR L'ASSOMPTION

    Il ne reste donc à cette femme que la maison déserte qu'elle a négligé de préparer dignement pour la visite du Sauveur. Vous vous étonnerez sans doute qu'une maison purifiée par la confession des fautes passées et embellie par l'observance de la règle, puisse être jugée indigne de la grâce et inapte à recevoir le Sauveur. Elle l'est pourtant, si elle n'a été nettoyée que superficiellement et si derrière une façade revêtue de feuillages l'intérieur est plein de boue. Personne n'ira prétendre qu'on doive accueillir le Seigneur dans les sépulcres blanchis des morts, dont l'aspect éclatant couvre toute la pourriture du monde. Admettons même qu'un jour, séduit par l'apparence de ces tombeaux, il se risque à mettre le pied sur le seuil pour leur faire la grâce d'une première visite : il reculera bientôt indigné, et s'enfuira en criant : Je suis tombé dans un bourbier profond et je n'y ai trouvé rien qui tienne (Ps. LXVIII, 3). Une vertu tout apparente n'a point de fermeté, et la mince couche du comportement extérieur n'offre aucun appui solide aux pas du visiteur : car il est celui qui pénètre toutes choses et qui réside au plus secret des coeurs. Si un vain esprit de discipline habite un corps manifestement asservi au péché, le Seigneur s'en détourne et fuit avec horreur un pareil mensonge (Sagessse. I, 5). Il n'y a qu'hypocrisie, en effet, à émonder les pousses visibles du péché sans en extirper les racines. Il ne fera que pulluler avec plus d'exubérance et l'esprit malin qui avait été expulsé de la maison nettoyée mais vide, se hâtera d'y revenir avec sept autres, pires que lui. Le chien revenu à son vomissement est cent fois plus haïssable qu'avant ; et celui qui après le pardon de ses fautes retombe dans les mêmes vices, comme le pourceau après le bain revient se vautrer dans la fange, sera plus que jamais un fils de la géhenne.

  Voulez-vous voir une maison bien tenue, parée et pourtant vide ? Voici un homme qui a confessé ses fautes passées et qui s'en est détourné ; mais il ne met que ses mains aux actes que prescrivent les commandements ; son coeur est sec, il n'agit en somme que par habitude, comme la génisse d'Ephraïm, dressée à trier le grain battu. Dans les choses extérieures et de peu d'importance, il ne sautera ni un iota, ni un point ; mais tandis qu'il passe un moucheron au filtre il avale un chameau. Dans son for intérieur, il est l'esclave de sa volonté propre, avide de biens et d'honneurs, ambitieux, cultivant tous ces vices ensemble ou un par un. Ainsi la malice se dupe-t-elle elle-même, mais on ne dupe pas Dieu. Cet homme aveuglé au point de ne plus se connaître, se doute à peine qu'un ver ronge ses entrailles. Pour avoir sauvé les apparences, il s'imagine qu'il est en sécurité. Les étrangers ont dévoré ses ressources, et il ne s'en apperçoit pas, dit le Prophète (Osée, VII, 9). Il dit : Je suis riche, je n'ai donc besoin de personne, alors qu'en réalité il est pauvre, malheureux et pitoyable (A poc. III, 17). A la première occasion, le pus caché dans sa plaie éclate, et l'arbre qu'on a simplement taillé au lieu de l'arracher de terre devient une forêt foisonnante. Pour échapper à ce danger, il faut mettre la hache à la racine et non aux branches. Il ne suffit pas de s'adonner aux pratiques extérieures, qui sont de peu de profit à elles seules ; on fera bien d'y joindre une piété active et des exercices spirituels assidus.

  Une femme, du nom de Marthe, le reçut dans sa maison, et elle avait une soeur, du nom de Marie. Elles sont soeurs ; elles doivent donc habiter ensemble. L'une s'adonne à une activité extérieure, l'autre écoute les paroles du Seigneur. Marthe est préposée à l'ornement de la maison, mais c'est Marie qui a pour tâche de la remplir. Elle est attentive, à la venue du Seigneur, afin que la maison ne soit pas vide. Mais à qui assignerons-nous le soin du nettoyage ? Lorsque nous le saurons, nous pourrons être certains que la maison où le Sauveur est accueilli est propre, parée et n'est pas vide. Disons, si vous le voulez bien, que cette tâche revient à Lazare qui lui aussi, à cause du lien fraternel, habite cette maison avec ses soeurs. Je parle de ce Lazare que la voix du Seigneur rappela d'entre les morts le quatrième jour, quand son corps était déjà fétide ; il est une figure très claire de la pénitence. Le Seigneur peut donc venir et visiter souvent cette maison que Lazare le pénitent nettoie, que Marthe décore, et que remplit Marie, vouée à la contemplation intérieure.
  Mais un esprit curieux demandera peut-être pourquoi il n'est fait aucune mention de Lazare dans ce passage de l'Evangile. A mon avis, cela ne me semble pas infirmer l'interprétation que je vous ai proposée. Le Saint-Esprit, en effet, voulant figurer par cette maison le sein de la Vierge, n'a pas eu tort de passer sous silence la pénitence, qui ne peut intervenir qu'à la suite du péché. Il n'est pas possible de dire que cette maison ait jamais contenu une souillure qui requît le balai de Lazare. Sans doute hérita-t-elle de ses parents la tache originelle ; mais la foi chrétienne nous interdit de croire qu'elle ait été moins que Jérémie sanctifiée dès le sein de sa mère, ou qu'elle n'y ait pas été, plus encore que Jean-Baptiste, remplie du Saint-Esprit. Car si elle n'était pas née sainte, sa naissance ne serait pas célébrée par une fête. Enfin, comme chacun sait, la grâce seule a purifié Marie de la contagion originelle, de même qu'aujourd'hui, dans le Baptême, la grâce seule nous lave de cette tache, qu'effaçait seule jadis la pierre de la circoncision ; si donc - et la piété nous invite à le croire - Marie fut exempte de tout péché personnel, son coeur innocent n'eut jamais besoin de la pénitence. La place de Lazare est auprès de ceux dont les consciences doivent être amputées de leurs oeuvres mortes ; il s'en ira donc parmi les blessés endormis dans les sépulcres, pour laisser Marthe et Marie occuper seules la chambre virginale. C'est Marie, en effet, qui durant près de trois mois se met humblement au service d'Elisabeth enceinte et accablée d'ans (Lc. I, 56), et c'est elle aussi qui conservait pour le méditer dans son coeur tout ce qu'on disait de son Fils (Lc. II, 19).

Ne nous étonnons donc pas que la femme qui accueille le Seigneur soit appelée Marthe et non Marie, puisque dans cette unique et très grande Marie on trouve à la fois les travaux de Marthe et les loisirs sans oisiveté de Marie. Toute la gloire de la fille du Roi est en elle-même, et pourtant sa robe est de brocarts aux mille couleurs. Elle n'est pas du nombre des vierges folles ; elle est la vierge sage, qui apporte avec sa lampe un réservoir plein d'huile. Auriez-vous oublié cette parabole de l'Evangile où les vierges folles se voient interdire l'entrée aux noces (Mt. XXV, 1) ? Leur maison était propre : elles étaient vierges. Elle était ornée, puisque toutes, les folles comme les sages, s'étaient munies de leurs lampes. Mais elle était vide, puisqu'elles n'avaient pas d'huile à y mettre. C'est pourquoi l'Epoux céleste ne daigna ni entrer chez elles, ni les admettre à ses noces. Il n'en va pas de même de cette femme forte qui broya la tête du serpent (Gn. III, 15). Après bien d'autres louanges, en effet, le Sage la félicite de ce que sa lampe ne s'éteindra pas de toute la nuit (Prov. XXXI, 18). Ces paroles sont dites à la dérision des vierges folles qui, à l'arrivée de l'Epoux, à minuit, se lamentent : Nos lampes sont éteintes. Mais voici que s'avance la Vierge glorieuse, dont la lampe est si éclatante que les Anges eux-mêmes, émerveillés, s'écrient : Qui est celle qui s'avance comme le jour levant, belle comme la lune, lumineuse comme le soleil (Cant. VI, 9) ? Celle qui resplendit, en effet, plus que toutes les autres, car entre toutes le Christ Jésus, son Fils et Notre-Seigneur, l'a remplie de l'huile de la grâce.

Marthe et Marie