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Louanges de la Vierge Mère

  « L'Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée nommée Nazareth, à une vierge qui était fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David, et cette vierge s'appelait Marie » (Lc 1, 26,27).

  Tout ce discours est habité par les divins mystères, et chaque mot, ici, déborde d'une douceur toute céleste, pourvu qu'on l'examine avec assez d'attention et qu'on sache tirer le miel du rocher et l'huile de la pierre dure (Deut. 32,13).

  Je ne pense pas que l'ange soit de ces esprits de second rang, qui, pour toute sorte de missions, sont fréquemment délégués sur terre. Cela se déduit clairement de son nom, qui signifie Force de Dieu, et aussi du fait qu'il n'est pas envoyé, comme il arrive d'ordinaire, par quelque esprit d'un rang supérieur au sien, mais par Dieu lui-même. C'est pourquoi il est dit expressément qu'il fut envoyé "par Dieu" ; peut-être aussi a-t-on voulu empêcher que quelqu'un aille croire que Dieu, avant de révéler son dessein à la sainte Vierge, l'ai confié fût-ce à l'un des esprits bienheureux, sauf justement à l'archange Gabriel : car seul, entre tous, il pouvait être jugé digne d'un tel nom et d'un tel message. Il n'y a, d'ailleurs, aucun désaccord entre le nom et le message. Pour annoncer le Christ qui est la vertu de Dieu, aucun messager ne pouvait mieux convenir que celui qui est honoré d'un nom semblable : la force, en effet, n'est autre chose que la vertu. Et il n'y a aucune incongruité à désigner par le même nom le Maître et son ambassadeur, quoique la raison de cette appellation commune diffère dans les deux cas. Ce n'est pas dans le même sens que le Christ et l'Ange sont nommés force ou vertu de Dieu. L'Ange n'est que de nom ce que le Christ est à la fois de nom et par essence. Il est cette force supérieure qui survient pour vaincre un homme fort et bien armé, jusque-là en sûreté dans son palais, et qui lui arrache ses captifs (Lc 11 21,22). Si l'ange, pour sa part, est appelé force de Dieu, c'est ou bien qu'il a mérité cet honneur d'annoncer l'avénement de la Vertu de Dieu, ou bien parce qu'il fallait qu'il pût rassurer une vierge naturellement craintive, simple, réservée, que risquait d'épouvanter un miracle si inattendu. Il le fit en lui disant : "Ne crains point, Marie, tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu (Lc 1,30). Peut-être n'est-il pas absurde de penser que ce même ange, bien qu'il ne soit pas nommé, rassura également le fiancé de Marie, homme tout aussi humble et timoré. "Joseph, fils de David", dit-il, "ne crains pas de prendre Marie pour femme" (Mt 1,20). C'est donc un bon choix que celui de Gabriel pour cette mission ; ou plutôt, il est juste qu'on lui donne ce beau nom au moment de lui confier une si haute mission.

  Dans cette ville, donc, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu. Envoyé à qui ? « A une vierge, fiancée à un homme du nom de Joseph ». Qui est cette vierge, si digne de respect qu'un ange la salue, et en même temps si humble qu'elle est fiancée à un artisan ? Cette union en elle de la virginité et de l'humilité est admirable, et Dieu aime particulièrement une âme en laquelle l'humilité fait valoir la virginité, tandis que la virginité est la parure de l'humilité. Mais quel respect infiniment plus gand mérite une âme en laquelle la fécondité exalte l'humilité, et l'enfantement est la consécration de la virginité ! On vous dit qu'elle est vierge, qu'elle est humble ; si vous ne pouvez imiter sa virginité, imitez au moins son humilité. La vertu de virginité est digne de louange, mais l'humilité est plus nécessaire. La première est recommandée, la seconde prescrite. Vous êtes conviés à l'une, astreints à l'autre. De celle-là il est dit : "Que la saisisse qui peut la saisir" (Mt 19,12) ; de celle-ci : "Si vous ne devenez semblable à ce petit enfant, vous n'entrerez pas au royaume des cieux" (Mt 18,3). La virginité mérite récompense, l'humilité est une exigence. Vous pouvez être sauvés sans la virginité, non pas sans l'humilité. Dieu peut prendre en grâce l'humilité qui déplore la virginité perdue, mais j'oserai dire que sans humilité la virginité même de Marie ne lui eût pas été agréable. "Sur qui reposera mon esprit", dit le Seigneur, "sinon sur celui qui est humble et paisible" (Isaïe, LXVI, 2) ? Il dit bien : celui qui est humble, et non vierge. Si donc Marie n'eût été humble, l'Esprit-Saint ne se fût pas reposé sur elle, et donc il ne l'eût pas fécondée. Comment, sans sa présence, aurait-elle pu concevoir de lui ? Il est donc manifeste que, pour qu'elle conçût du Saint-Esprit, il fallut, comme elle le dit elle-même, que Dieu jetât les yeux sur l'humilité de sa servante (Lc 1,48) plutôt que sur sa virginité. Et si elle a trouvé grâce par sa virginité, elle n'en a pas moins conçu par son humilité. D'où il ressort que si sa virginité même a pu être agréable à Dieu, c'est à son humilité qu'elle le doit.

Que dites-vous donc, vous autres, vierges orgueilleuses, qui vous vantez de votre virginité et ne vous souciez pas d'être humbles ? Marie, elle, se glorifiait de son humilité et oubliait qu'elle était vierge. "Il a regardé", dit-elle, "l'humilité de sa servante." Qui parle ainsi ? C'est une vierge sainte, chaste et pieuse. Seriez-vous plus pieux et plus chastes qu'elle ? Votre pureté serait-elle plus agréable que celle de Marie, pour que vous puissiez plaire sans humilité, alors qu'elle n'y parvient pas ? Plus le don extraordinaire de la chasteté vous honore, et plus vous vous faites de tort en souillant cet honneur par le mélange de votre orgueil. Mieux vaudrait n'être pas vierge que de s'enorgueillir de sa virginité. Certes, elle n'est pas donné à tous, mais ceux qui y joignent l'humilité sont plus rares encore. Si donc vous ne pouvez qu'admirer la virginité de Marie, efforcez-vous d'imiter son humilité, ce sera bien assez pour vous. Mais si vous êtes ensemble vierge et humble, qui que vous soyez, vous êtes grand.

Fécondité et Virginité