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Henri Suso

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Henri Suso
(1296-1366)

L'horloge de la sagesse

    Heinrich Seuse naît au bord du lac de Constance, dans une famille de drapiers.

    Après cinq années de noviciat chez les Dominicains, inspiré par l'exemple des Pères du Désert, il se livre à de redoutables austérités et macérations corporelles, quasiment morbides.

    En 1320 il écoute les sermons de Maîtres Eckhart dont la doctrine l'éblouit. Bientôt, au terme d'une crise spirituelle intense, il jette dans le Rhin ses instruments de mortification, et commence une quête mystique plus intériorisée.
Suso, comme Eckhart et Tauler, est chargé par son Ordre de visiter les couvents de moniales où il enseigne et guide les consciences dont il a la charge sur la voie de la sagesse éternelle. Mais la vénération dont il devient l'objet de la part de ses "filles spirituelles" engendre une campagne calomnieuse. Alertés, ses supérieurs l'expédient à Ulm où il meurt en 1366. Il sera béatifié en 1831.
Suso adoucit la rigueur eckhartienne en se référant souvent à l'humanité du Christ. Sa langue plus tempérée, apparentée aux poètes courtois, évoque la douleur de l'absence et, inspirée par la vision tragique de la crucifixion, décrit le monde comme une ville en ruines où errent les âmes en quête de Dieu.
Seule l'âme dénudée, détachée des contingences sensuelles et mentales, peut remonter à sa source, participer de l'effusion de la Déité, "tranquille obscurité demeurant en elle-même".

"...Dans cette ténébreuse absence de mode, toute multiplicité disparaît et l'esprit perd son être propre, il disparaît selon sa propre activité. Et tel est le but suprême, le "où" infini où aboutit la spiritualité de tous les esprits ; s'être perdu ici pour toujours est la suprême béatitude".

  Mais Suso, probablement inspiré par les exemples que sa direction spirituelle lui offraient chaque jour, mit constamment en garde ses disciples contre les égarements que peut engendrer une formulation métaphysique trop abrupte et dénonça : "ces sauvages sans nom qui se croient libérés parce qu'ils ont accomplis toutes leurs volontés sans distinction".

  Si l'homme, anéanti dans la déité, se trouve au delà de tout péché, il ne peut en être ainsi pour les esprits trompés par les subterfuges de l'intellect qui assimilent le rien de toutes choses au néant... La créature est tenue d'admettre sa différence, sa "nullité" avant de recevoir, au sein de l'abîme propre à sa condition, l'effusion de la générosité divine. La mystique négative est effectivement dangereuse, semée de pièges et de sortilèges; rappelons l'avertissement de Grégoire Palamas : "Nous savons que l'intellect comprend tout ce que l'apophase nie..." ; et Suso, préoccupé par la confusion et l'indétermination spirituelle que peut susciter la procession négative, pointe constamment sur la générosité de Dieu vis-à-vis de sa créature.

    Sur la ligne de crête aride et désolée dont Eckhart avait montré le chemin, Suso a voulu indiquer le terme : la croix sur laquelle fut torturé le fils de Dieu.

    " Ici l'esprit est dépouillé de cette obscure lumière qui l'avait accompagné suivant le monde humain depuis la révélation des choses. Là, il en est dépouillé, car il se trouve lui-même suivant le monde de la lumière qui lui était donné auparavant ; et il est ainsi dénudé et dépouillé de tout mode, dans l'absence de mode de la simple essence divine. "