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Spiritualité
& Mystique

Vierge Marie
Nativité

Saint Bernard de Clairvaux

  Comment cela se fera-t-il, dit-elle, puisque je ne connais pas d'homme ? Vraiment sainte de corps et d'esprit, elle a gardé sa chair intacte et elle est résolue à la garder toujours, mais l'ange lui répond : L'Esprit-Saint surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre (Lc,1,34,35). Ne m'interroge pas, semble-t-il lui dire, ceci me dépasse et je n'ai rien à t'en dire. C'est l'Esprit-Saint, non pas l'esprit angélique, qui surviendra en toi ; et c'est la vertu du Très-Haut qui t'enveloppera de son ombre, ce n'est pas moi. Ne t'attarde pas parmi les anges, Vierge sainte ; la terre assoiffée attend de recevoir par ton intervention une eau désaltérante venue de plus haut. Quand tu auras un peu dépassé le ciel des anges, tu trouveras celui qu'aime ton âme. Un peu, te dis-je, non qu'il ne soit incomparablement supérieur aux anges, mais parce qu'entre eux et lui tu ne trouveras plus aucun intermédiaire. Dépasse donc les Vertus et les Dominations, les Chérubins et les Séraphins, pour parvenir à celui qu'ils acclament à l'envi : " Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées (Isaie,6,3). Car le Saint qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu ". Il est source de sagesse, Verbe du Père au plus haut des cieux. Ce Verbe, par ton intermédiaire, se fera chair, et celui qui dit : " Je suis dans le Père et le Père est en moi " (Jn,14,10) dira aussi : "Je suis sorti de Dieu et je suis venu " (Jn,8,42). "Au commencement était le Verbe", dit l'Evangile. Déjà la source jaillissait, mais seulement à l'intérieur d'elle-même. Car le Verbe était en Dieu, habitant la lumière inaccessible. Dès l'origine, le Seigneur disait : "J'ai des pensées de paix, et non d'affliction". Mais ta pensée, Seigneur, est en toi, et nous ignorons ce que tu penses. Nul n'a connu la volonté de Dieu, nul n'a fait partie de son conseil. La pensée pacifique s'est donc réalisée sur terre dans l'oeuvre de paix : le Verbe s'est fait chair et habite désormais parmi nous. Par la foi, il réside dans nos coeurs, dans notre mémoire, dans notre pensée ; il est même descendu jusque dans notre imagination. Jusque-là, en effet, l'homme ne pouvait connaître de Dieu que l'idole qu'il s'en était forgée dans son coeur.
  Il était incompréhensible et inaccessible, invisible et parfaitement insaisissable à la pensée. Mais il a voulu être compris, être vu, être saisi par la pensée. Comment, direz-vous ? En se couchant dans la crèche, en reposant au giron de la Vierge, en prêchant sur la montagne, en passant les nuits à prier, en se laissant clouer à la croix, dans la lividité de sa mort, dans sa liberté entre les morts, en régnant sur les enfers, puis en ressuscitant le troisième jour, et en montrant aux Apôtres, pour preuve de sa victoire, la marque des clous ; enfin, en montant au ciel sous leurs yeux. Chacune de ses actions appellent les réflexions les plus sincères et les plus pieuses. Dès que j'évoque l'une d'entre elles, je pense à Dieu, et à travers toutes il est mon Dieu. Méditer ainsi, c'est la sagesse même, je l'ai dit, et j'estime que rien n'est plus recommandable que de se remémorer toute la douceur de ces événements, comparable à celle des amandes que produisit en abondance la verge sacerdorale (Nombres, XVII, 8) ; c'est cette même douceur que Marie a puisé dans les hauteurs pour la déverser sur nous. Dans les hauteurs, en effet, au-dessus des anges eux-mêmes, elle a reçu le Verbe du coeur même du Père, ainsi qu'il est écrit : "Le jour profère au jour la parole" (Ps, XVIII, 3). Le jour, c'est le Père, puisque le jour du jour est le Salut de Dieu (Ps,XCV,2). Mais la Vierge aussi est un jour splendide : jour rutilant de lumière, elle s'avance comme l'aurore à son lever, belle comme la lune, royonnante comme le soleil (Cant. VI, 9).

    Considérez donc comment Marie s'est élevée jusqu'aux anges par la plénitude de la grâce, et plus haut encore par l'intervention en elle du Saint-Esprit. Les anges possèdent la charité, la pureté et l'humilité, toutes vertus qui sont éclatantes en Marie. Mais je l'ai déjà montré tout à l'heure, dans la mesure où nous sommes capables de parler de ces mystères ; il faut faire voir maintenant en quoi elle est supérieure aux anges. Quel est l'ange à qui il ait jamais été dit : "L'Esprit-Saint surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut t'enveloppera de son ombre : c'est pourquoi le Saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ? Car enfin, la Vérité est née de la terre (Ps,84,12), et non du monde des anges ; elle a fait sienne non pas la nature angélique, mais la race d'Abraham. Pour un ange, c'est déjà un grand honneur que d'être le serviteur du Seigneur ; mais Marie a mérité mieux : d'en être la Mère. La gloire sans pareille de la Vierge, c'est sa fécondité, et ce privilège unique la rend aussi supérieure aux anges que le nom de Mère surpasse la qualité de serviteur. Déjà pleine de grâce, déjà brulante de charité, vierge sans tâche, et pétrie d'humilité, il lui est échu cette grâce de surcroît : de concevoir sans connaître l'homme et de devenir mère sans subir les douleurs de l'enfantement. Mais c'est peu de chose encore : l'enfant qui est né d'elle est appelé le Saint, et il est le Fils de Dieu.

    Dès lors, mes frères, nous devons tout mettre en oeuvre pour que la Parole sortie de la bouche du Père et venue jusqu'à nous par la médiation de la Vierge ne s'en retourne pas à vide ; par cette même médiation, il nous faut rendre grâce pour grâce. Tant que nous ne pouvons que désirer la présence de Dieu, célébrons sans cesse sa mémoire ; et que les flots de la grâce remontent à leur source première pour en revenir plus abondants encore. S'ils ne retournent à leur origine, ils tariront et, infidèles dans les petites choses, nous ne mériterons pas les grandes récompenses...

Louanges du Seigneur